Marie Claude Godin: Être prêt pour la mort

Marie Claude est allée rejoindre son Sauveur en octobre, 2006, suite à un cancer incurable. Selon son mari, Pierre, “Après un long combat, combattu avec droiture et justice, elle est partie fière, la tête haute, dans une grande paix et dans la sérénité.”

Voici le témoignage qu’elle a donné dans notre église en 2005. Ce témoignage est également disponible en format mp3

Bonjour. Le pasteur Webster m’a présentée, Marie Claude Godin. Je suis de l’Église Baptiste de Sept-Îles où M. Webster était notre pasteur.

Je suis née dans une famille catholique pratiquante comme la majorité des Québécois, du moins ceux de ma génération, car j’ai 50 ans et j’approche des 51 ans. Jusqu’à l’adolescence, j’ai suivi mes parents. Puis, à l’adolescence, j’ai dit : « Je ne vais plus là, car ça ne représente plus rien ». À l’époque, ils (les catholiques) essayaient de se conformer au monde. Ils avaient les messes à gogo, etc.. C’est à cette époque que j’ai décroché et que j’ai vécu dans le monde. J’était rendue adolescente et jeune adulte et j’ai vécu les plaisirs du monde, prenant tout ce qu’il y avait autour de moi et étant sage selon les hommes.

À travers tout cela, j’ai rencontré celui qui est maintenant mon mari, Pierre Godin. Avec lui, je philosophais sur la vie. À travers tout cela, il s’est mis à me parler de Dieu. Il m’a parlé de Dieu comme quelqu’un qui Le connaît. Cela m’a beaucoup intriguée. Je me suis dit : qu’est-ce que c’est ça ? Il n’a pas d’instructions supérieures, il n’a pas de cours de théologie. À l’époque, je pensais que ceux qui connaissaient le plus Dieu, c’étaient les prêtres, mais pour ce qu’ils nous en transmettaient !!!

Mais là, Pierre parlait de Dieu comme quelqu’un de proche, comme un être qu’il connaît et qu’il fréquente. Eh bien cela m’a intriguée. Il connaissait le Seigneur lorsque l’on s’est connu, mais il s’était éloigné et vivait dans le monde. Je lui disais : « Ah, j’aimerais ça aller dans une assemblée pour entendre parler de Dieu ! » Mais j’avais seulement connu l’Église Catholique. J’avais une soif, mais je ne le savais pas. Puis quand il (Pierre) prenait sa Bible et qu’il me lisait des passages et les commentait, je disais : « Que c’est beau ! » Comme parfois quand des gens nous disent que ce sont donc de belles paroles, avant de savoir qu’on a cette responsabilité d’approfondir notre relation. Pierre disait : « là où il y des hommes, il y a de ‘l’hommerie’. » Pierre avait été brûlé et il ne voulait pas retourner dans les églises. Il savait que Dieu existait. Il connaissait Dieu. Mais il vivait dans le monde et il ne voulait pas retourner dans une église. Évidemment, c’est vrai qu’il n’y a pas d’église parfaite.

Éventuellement, mon père, que je revoyais quand j’étais jeune au bout de la table entrain de regarder sa Bible pour essayer de comprendre et qui posait des questions au prêtre auxquelles il ne recevait jamais de réponses, a connu le Seigneur dans une église évangélique. Suite à cet événement, on a commencé à fréquenter une assemblée. C’est à cette époque que j’ai rajouté Jésus dans ma vie, comme je l’ai compris par la suite. J’avais accès à la Bible. Dieu avait enlevé les écailles de mes yeux pour pouvoir comprendre ce qui était écrit, mais il y avait des choses que je ne comprenais pas ou que je passais outre de façon charnelle. Je croyais en l’amour de Dieu et tout cela, mais je n’avais pas la crainte de Dieu. Il y avait bien des choses que je n’avais pas encore assimilées. Nous avons abandonné cette assemblée là, même si j’y trouvais des « prenailles » de nourriture.

Après un certain temps, j’ai vraiment eu un fardeau pour ma fille, car elle posait beaucoup de questions sur Dieu et sur le ciel. Vous connaissez les enfants vers l’âge de 7-8 ans. Le Seigneur a mis dans chaque individu la pensée de l’éternité. J’avais vraiment un fardeau, car j’avais eu accès à Dieu, mais en tant que parent, je n’avais pas de réponse pour elle. Un moment donné, elle est arrivée chez nous en disant : « Maman, mes copines qui allaient à l’église où on allait avant ont trouvé une vraiment bonne assemblée et j’aimerais y aller pour voir ». Alors, j’ai appelé la mère de ces filles. Après avoir parlé avec elle, j’ai dit : « ok, on va y aller demain. » C’était l’église baptiste indépendante où le pasteur Webster prêchait.

J’ai dit à mon mari que Céline et moi, on allait voir une église, parce que Céline demandait si son père allait venir avec nous. Mais je lui disais que c’est à chaque individu de décider pour lui-même et qu’éventuellement, il viendrait peut-être. Céline et moi, nous nous préparions pour aller à l’église baptiste, lorsqu’on voit Pierre entrain de se crêper et de mettre sa cravate. Il nous a dit : « Je ne vous laisserai pas aller là toutes seules. Il faut que j’aille voir par moi-même ce qui se passe là-bas. » Alors nous y sommes tous allés.

Dieu dirige vraiment parce que le pasteur Webster, dans sa prédication, nous a dit de ne pas croire ce qu’il disait seulement parce qu’il nous les disait, mais de faire comme les disciples de Bérée et d’aller vérifier dans les Écritures si tout ce qu’il disait était vrai. Pierre a dit que ce fut comme une claque au visage. C’était tout ce qu’il avait besoin d’entendre. Depuis ce jour de février 1996, nous fréquentons assidûment l’église baptiste indépendante. Pas parce que c’est une église baptiste, mais parce que la sainte doctrine y est enseignée. C’est vraiment un grand privilège. Je remercie régulièrement le Seigneur d’avoir conduit mes pas et ceux de ma famille dans cette église-là, qui est un havre de paix, en attendant d’être dans notre vraie demeure au ciel avec Jésus et tous ceux qui nous ont précédés.

À travers les prédications du pasteur Webster, lorsqu’il a fait l’illustration de ce qu’est une conversion, c’est là que j’ai compris que jusqu’à ce jour, j’avais simplement rajouté Jésus à ma vie, mais que je ne m’étais pas vraiment convertie. M. Webster, dans son illustration, disait que lorsque tu es dans le monde, tu t’en vas dans une direction, puis quelque chose t’a frappé et tu changes de direction. J’ai compris qu’auparavant, je n’avais pas changé de direction et que je n’avais fait que rajouter Jésus à ma vie, parce que je me voyais comme les hommes me voient et non comme Dieu me voit. Je ne me voyais pas pécheresse. J’aimais Jésus, j’aimais ce que j’entendais de Lui, mais je ne comprenais pas ce qui me manquait. Puis, j’ai vraiment fait une prière personnelle avec ce qui est écrit : « Seigneur, ôte la poutre de mon œil !» Moi, je voyais ce qui n’était pas correct autour de moi, mais je ne voyais pas ce qui n’allait pas en moi. Quand on prie selon Sa volonté, le Seigneur fait Son oeuvre.

Au travers de ma marche chrétienne, ce qui a vraiment fait une grosse différence, c’est qu’à un moment donné, j’ai compris ce qu’était la souveraineté de Dieu. On sait que Dieu est souverain, qu’Il est omniscient et omnipotent, mais c’est différent de vraiment le comprendre, de l’assimiler, de savoir que Dieu nous a créé avant qu’on vienne au monde, qu’il avait un plan pour nous. Nos jours sont comptés. C’est Lui qui sait tout. Je me suis complètement appuyé sur Lui. Je suis vraiment en paix avec le Seigneur et c’est cela la plus grande joie. La paix que l’on peut avoir avec Lui lorsque l’on se soumet. Comme le pasteur Webster l’a dit tout à l’heure, c’est aussi de l’obéissance parce qu’Il nous laisse libre. Nous ne sommes pas des robots. Une fois que nous avons accepté le Seigneur, ça ne vient pas tout seul. C’est une lutte contre notre nature charnelle de dire « oui je veux marcher avec le Seigneur, je veux modeler ma volonté sur Sa volonté ».

En 1997, j’ai appris que j’avais le cancer du sein. Depuis un certain temps, je priais pour quelque chose. Cette nouvelle ne fut pas un bouleversement. Ce fut plutôt : « Seigneur, c’est ça Ta réponse ». Parce qu’Il travaille dans nos vies, Il nous donne plein de bénédictions, mais Il travaille. Chacun de nous, savons tous que c’est par les épreuves qu’on évolue le plus avec le Seigneur, lorsque nous les acceptons et que nous les vivons selon Sa volonté.

En 1997, je suis venue à Québec pendant six semaines pour des traitements et je suis repartie. En 2000, j’ai fait un infarctus qui était causé par trop de radiothérapie. Maintenant, en 2005, soit huit ans après mon cancer, j’ai une récidive. On appelle ça un cancer métastasé qui est répandu. Il n’y a pas de guérison. J’en ai dans mes os, dans mes ganglions, je ne sais plus trop où. Je suis venue ici (à Québec) pour des métastases aux yeux.

Dans le milieu médical, c’est certain que je déstabilise ceux que je rencontre à cause de mon attitude, parce que je leur dis que c’est pas une religion, c’est une relation personnelle avec Dieu. Ils savent que ce que je demande, c’est d’avoir jusqu’à la fin de mes jours la paix et la joie qui viennent du Seigneur. C’est le plus grand bien. Il n’y a pas un trésor sur la terre qui équivaut à cela.

Peu importe ce que l’on vit, on peut avoir la paix et la joie du Seigneur parce que ce n’est pas les épreuves qui vont nous faire dire : « Ah, ça ne va pas bien dans ma vie », c’est notre attitude. C’est notre obéissance au Seigneur, parce que Lui sait ce qui nous convient. Il nous donne ce qu’il y a de mieux. Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Donc, j’avance en paix, sachant que même avant que je sois née, Lui avait décidé du nombre de jours que j’aurais à vivre. Alors pourquoi s’inquiéter. Il est écrit que l’on ne peut pas rajouter une coudée à la longueur de notre vie par nos inquiétudes. Il le sait, Lui. Alors je marche en paix, car je sais que ma vie est dans Sa main, qu’Il est toujours avec moi. Ce qui m’arrive est une bénédiction, car je vis encore plus près de mon Sauveur. Tu sais, c’est comme une bonne maman ou un bon parent quand un enfant est malade. L’enfant ressent l’amour de son parent qui prend soin de lui. Eh bien moi, je ressens l’amour de Dieu qui prend soin de moi parce que je suis malade. J’ai énormément besoin de sa présence, j’ai besoin de mes frères et sœurs.

J’ai déjà mentionné que je ne baisserais pas les bras tant que mon Dieu ne me dira pas : « Viens dans Mon repos. » Je disais hier à mon ami Daniel que ça me faisait un peu penser à Moïse lors d’une bataille des Israélites. Lorsque Moïse avait les bras levés, l’armée d’Israël avait le dessus, mais quand il était fatigué et baissait les bras, c’était l’armée ennemie qui prenait le dessus. Finalement, il y a eu quelqu’un autour de lui pour lui tenir les bras en l’air afin que l’armée d’Israël puisse vaincre. Je sais que ce sont les prières de mes frères et soeurs qui gardent mes bras en l’air et je vous en remercie. Je sais que vous priez pour moi, tout comme l’église de la Vieille Capitale prie pour moi. Pasteur Côté me disait que cela fait longtemps que les gens de cette église entendent parler de Marie Claude, parce que ma tante fréquente cette assemblée.

Nous sommes une grande famille dans le Seigneur. Je sens le soutien de mes frères et soeurs. C’est vraiment une bénédiction. Je vous laisse avec mon passage préféré de la Bible. C’est le Psaume 18.2-4. Ce passage est tellement beau. « Je t’aime, ô Éternel, ma force ! Éternel, mon rocher, ma forteresse, mon libérateur ! Mon Dieu, mon rocher, où je trouve un abri ! Mon bouclier, la force qui me sauve, ma haute retraite ! Je m’écrie : Loué soit l’Éternel ! Et je suis délivré de mes ennemis. »

On peut toujours se confier à Dieu parce que Lui ne change pas. Il sait ce dont nous avons besoin. Pourquoi chercher ailleurs un réconfort si c’est Lui qui nous tient. Je remercie encore le Seigneur pour la belle grande famille qu’Il m’a donnée.

(Nous remercions l’équipe d’Éditions Ekklésia pour cette transcription.)